Fraîchement installé avec Mer de Liens, Baptiste Vannier est l’un des tout premiers pêcheurs de Normandie à pouvoir plonger pour récupérer, au fond de l’eau, des coquilles Saint-Jacques. Il a obtenu une licence expérimentale créée en octobre 2026. Seuls deux professionnels en sont titulaires dans la région.
Comment se pratique la pêche professionnelle en plongée ?
La pêche sous-marine consiste à descendre avec des bouteilles au niveau d’un gisement, généralement situé entre 10 et 20 mètres de profondeur, pour y prélever une espèce ciblée, le plus souvent des coquillages (ormeaux, oursins, coquilles Saint-Jacques, etc.).
Cette pratique nécessite d’être au moins deux à bord :
Le premier plonge et reste au fond de l’eau environ une heure*. Il ramasse la ressource à la main ou avec de petits outils (pour détacher des ormeaux, par exemple), puis place la récolte dans un sac attaché à un parachute qu’il fait remonter régulièrement.

Le second pêcheur reste à la barre du bateau. Il récupère et trie la pêche. Mais surtout, il assure la sécurité du plongeur en le suivant pour signaler sa position aux autres navires. L’équipe peut également être composée de trois personnes pour avoir deux plongeurs en même temps.
Qui est Baptiste Vannier ?
Baptiste est passionné depuis toujours par la chasse sous-marine, le surf, la plongée et tout ce qui gravite autour de la mer. L’idée d’allier pêche professionnelle et plongée sous-marine a germé en 2022 lors d’un voyage en Australie. Pendant quatre ans, Baptiste tente de mettre sur pied son activité : il se forme d’abord en Bretagne pendant un an à la pêche en plongée à Saint-Malo. Il passe ensuite capitaine et plongeur pro sur un bateau d’expertise sous-marine. Il continue de promouvoir la plongée en Normandie. Pour s’installer à son compte et pratiquer la plongée, il a dû faire face à de multiples difficultés (réglementation, acceptabilité de la profession, etc.) qui ont rendu le projet incertain. Et ce, alors même que des premiers investissements avaient été faits (achat du bateau notamment)
« Je me heurtais à des murs. »
Baptiste Vannier, marin-pêcheur de 28 ans dans le Cotentin.

Un contexte plus favorable en 2026
Face à la crise du bulot et plus généralement, aux changements climatiques, la nécessité de diversifier les pêcheries a ouvert plus de possibilités à la plongée.
Le comité des pêches a créé une commission spéciale plongée et Baptiste en est devenu le président. Le dénouement est finalement positif. En septembre 2026, après des années de persévérance et avec l’aide de Mer de Liens, la licence expérimentale plongée est créée et Baptiste peut officiellement s’installer en tant que marin-pêcheur en Normandie.
Comment Baptiste pratique-t-il la pêche en plongée ?
Baptiste Vannier plonge d’octobre à mai, sur trois gisements différents, ce qui lui permet de s’adapter aux conditions météo. Il descend jusqu’au niveau du sable (environ 12 mètres sous la surface) pour ramasser des coquilles Saint-Jacques. Une plongée dure le temps de la bouteille, soit environ une heure*. Légalement, la limite quotidienne maximale est fixée à 6 heures par plongeur ; Baptiste s’est fixé une moyenne de 3 heures pour préserver sa santé et celle de son salarié. La plongée sous-marine est une pratique exigeante physiquement, où le corps est exposé au froid et aux variations de pression. En hiver, la température de l’eau varie entre 8 et 10 °C.
Les atouts de la pêche en plongée : sélectivité, qualité du produit et valorisation
Pratiquer la plongée permet un contact direct avec le milieu. Lorsqu’on est à la surface, on ne sait pas ce qu’il se passe dessous. À l’inverse, la plongée permet d’observer, de s’immerger dans le milieu et donc de comprendre ce qu’il s’y passe.
« Les poissons sont curieux, ils viennent jouer. »
Baptiste Vannier, marin-pêcheur de 28 ans dans le Cotentin.
Pratiquer la pêche en plongée, c’est aussi limiter au maximum l’impact sur le milieu marin. Lorsque le plongeur est sous l’eau, il peut sélectionner les produits qu’il remonte à la surface et ne prélever que ce dont il a besoin. Cela évite les captures accidentelles. Par ailleurs, le fond n’est pas remué et les coquillages sont ramassés vivants ; ils peuvent donc être conservés plus longtemps une fois débarqués.

La plongée présente tout de même des contraintes : comme pour les autres pratiques de pêche professionnelle, elle est tributaire des conditions météo (houle, vent, clarté de l’eau). L’effort et le temps que nécessite la plongée engendrent également des quantités pêchées bien plus faibles qu’avec d’autres techniques de pêche. Baptiste a pour objectif de remonter 300 kg par jour quand les bateaux qui pêchent à la drague sont à plus d’une tonne. En contrepartie, la rareté de la coquille Saint-Jacques en plongée permet de mieux valoriser le produit et donc d’assurer une plus grande pérennité de l’activité.
« Allier le plaisir de la chasse sous-marine à la rentabilité des coquillages, ça donne la pêche en plongée », résume ainsi Baptiste Vannier.
*La durée réelle est celle d’une bouteille d’oxygène et varie en fonction de la consommation du plongeur
